Depuis sa sortie en salles, le film François.e, mettant en vedette Louis Morissette, ne cesse de susciter les réactions.
Après les critiques formulées par certaines personnes au sujet de la manière dont la transidentité est abordée dans le long métrage, c’est maintenant Mathieu Bock-Côté qui a décidé de partager son opinion.
Le chroniqueur et essayiste a publié une longue analyse du film sur ses réseaux sociaux. Selon lui, l’œuvre réalisée par Jean-François Asselin ne porterait pas uniquement sur la transidentité, mais également sur la place accordée à l’homme blanc dans la société et le milieu culturel contemporains.
(La suite ainsi que tous les détails de l’article sont sous la photo)

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Dans son texte, Mathieu Bock-Côté se montre particulièrement critique envers le message qu’il croit percevoir derrière l’histoire.
Mathieu Bock-Côté estime que le film présente l’homme blanc comme une personne désormais désavantagée, ridiculisée et progressivement exclue du milieu culturel au profit d’identités jugées plus valorisées. Selon son interprétation, le personnage principal n’obtient de reconnaissance que lorsqu’il prétend être trans, puis perd tout lorsqu’il redevient simplement un homme blanc.
Voici ce qu’il a écrit :
« À propos de
François.e
Alors alors, j’ai vu François.e, ce soir, le film apparemment
polémique porté par Louis Morissette.
Il y a, je crois, un quiproquo sur l’objet du film, et sur les
raisons du peu d’enthousiasme du commun des mortels, qui ne le
plébiscite pas.
Le sujet : officiellement, il s’agit d’un film sur la
transidentité, sur les trans, les personnes trans. C’est évidemment
un peu le cas. Il nous est présenté de manière très militante, à la
manière d’un film pédagogique destiné à une population
retardataire, qu’il faut éduquer à cette réalité (ou rééduquer,
c’est selon). On peut apprécier ou non les films à thèse, où
certains passages sont en jaune fluo pour qu’on comprenne bien le
message qu’on veut nous passer.
Je ne dis pas que ce sujet ne mérite pas un film. C’est un
sujet parmi d’autres, légitime en lui-même, et qui ne mérite pas
d’hostilité en soi. On peut par ailleurs trouver que le sujet est
très présent dans la vie culturelle et médiatique
aujourd’hui.
Le film tourne évidemment en ridicule toutes les questions
qu’on peut avoir envers la théorie du genre (par exemple, suffit-il
de se sentir femme pour être reconnu comme telle? Est-ce que
l’identité est strictement subjective, sans ancrage dans une
réalité biologique? Suffit-il qu’une personne se déclare d’un autre
genre (et les identités de genre se multiplient) pour que
l’ensemble de la société doive s’adapter, se transformer? Ces
questions, lorsqu’elles sont posées dans le film, le sont par des
personnages présentés comme des gros colons fermés d’esprit. On
appréciera la subtilité du propos.
Mais je l’ai dit, l’essentiel est ailleurs.
Ce film a d’abord pour fonction de tourner en ridicule l’homme
blanc, de l’humilier. C’est véritablement sa trame de
fond.
Point de départ : le personnage principal, François, joué par
Louis Morissette, un homme blanc scénariste de cinquante ans, n’est
plus capable de vivre de son métier parce que les autorités
subventionnaires, les producteurs et les diffuseurs (autrement dit,
ceux qui ont le pouvoir) ne veulent plus entendre parler des hommes
blancs, ni même l’entendre parler lui-même. Autrement dit, il est
discriminé en tant qu’homme, en tant que blanc, et en tant qu’homme
blanc (et cela même s’il voulait proposer une comédie mettant en
scène le malaise des hommes comme lui dans le monde qui est le
nôtre).
Cette réalité est connue, soit dit en passant. Elle l’est
tellement qu’elle sert de point de départ au film. Cela pourrait
faire un vrai sujet de film, ou de série : le mauvais sort réservé
aux populations majoritaires occidentales. Mais le sujet n’est
mentionné que comme prétexte «comique». Il n’a aucune
légitimité.
Mais dès lors que Louis Morissette coche la case trans sur le
formulaire de subvention, magie, il obtient ce qu’il n’obtenait pas
en tant qu’homme blanc. Il a sa subvention pour une série télé !
Les cordons de la bourse se délient désormais pour lui. Il y a donc
une discrimination, ici. Selon votre genre, vous aurez ou non une
subvention.
Devenant trans, Morissette est soudainement valorisé par la
société environnante. On le célèbre, on le chante, on lui reconnaît
des vertus nouvelles.
Sa fille, qui ne l’aimait pas vraiment, sauf lorsqu’il jouait
le rôle de pourvoyeur capable de lui fournir un arsenal
informatique digne de la NASA, se découvre soudainement une passion
pour son père, qui devient trans. Elle veut même, avec sa petite
amie, lancer une cagnotte pour l’amputer de ses parties intimes
(oui oui, la grande opération).
Sa femme, de qui il a divorcé, le redécouvre sous un jour
favorable. Nous sommes à deux doigts de comprendre que s’il était
devenu femme plus tôt, ils seraient restés ensemble.
Plus il est trans, plus il est valorisé – même si on trouve des
éléments réfractaires dans la culture (évidemment, quand en tant
que femme trans, Françoise se fait battre dans la rue par trois
brutes épaisses, la police refuse de prendre au sérieux son
témoignage, et laisse croire qu’elle aurait mérité sa
raclée).
Quoi qu’il en soit, l’histoire se déploie. Un jour Françoise
n’en peut plus et veut, pour différentes raisons, redevenir
François.
Il avoue qu’il n’est pas trans.
Alors tout s’effondre, et il perd tout ce que lui avait donné
sa nouvelle identité.
Sa fille s’en détourne à nouveau.
Sa femme est de nouveau déçue.
Et il perd évidemment sa série télé – qui n’était intéressante
que parce qu’il l’avait rédigé en collaboration avec une femme
trans. Sans cette dernière, Louis Morissette était fini – on nous
le dit d’ailleurs comme tel.
À la fin, Louis Morrissette est simplement éjecté du domaine de
la culture. Il n’y travaille plus. Il travaille dans une
quincaillerie – c’est le sort qu’on réserve à l’homme blanc dans le
monde qui vient, on veut, par esprit de vengeance, en faire un
nouveau prolétaire. Il vent du bois, il parle du
plywood.
Mais voilà que la femme trans avec qui il avait écrit, et qui
est désormais au cœur du système culturel comme auteure reconnue,
se présente à lui, et lui propose un petit rôle dans la série 2 de
sa saison.
Quel rôle? Un rôle d’homme blanc mésadapté sans trop d’intérêt
qui ne sera à l’écran qu’à la manière d’un quota. Un personnage qui
meurt avant la fin de la saison 2. Et Louis Morissette, tenant à
son sujet un propos hyper-dépréciatif, sur le mode de
l’auto-critique haineuse, explique qu’il accepte.
Élargissons le propos : c’est d’ailleurs le sort qu’on réserve
à l’homme blanc dans l’utopie diversitaire : il ne sera plus qu’un
quota ethnique ridicule, caricatural, le bois mort de l’humanité,
qu’il faut encore représenter de temps en temps, mais seulement
pour l’humilier.
Et oui, à la fin, l’homme blanc doit mourir pour que le nouveau
monde naisse.
Louis Morissette, qui ne fait pas pitié dans la vie, et qui ne
manque pas de talent, faut-il le rappeler, considère que l’échec
relatif de son film s’explique par l’homophobie ou la transphobie
supposée du public.
Il est toutefois possible que cette vision du monde
n’enthousiasme pas le public ordinaire, composé d’hommes et de
femmes qui n’ont pas vraiment envie d’avoir un destin de détritus.
Dès lors, ils boudent le film.
Il y a des limites à se faire traiter comme un déchet.
»
Voici la publication:
Cette longue publication n’a évidemment pas manqué de faire réagir, alors que François.e suscitait déjà de nombreux débats depuis le dévoilement de sa bande-annonce.
Mathieu Bock-Côté considère que le véritable sujet de l’œuvre concerne davantage la manière dont les hommes blancs sont représentés et traités dans la société actuelle.
De son côté, Louis Morissette avait récemment dénoncé la violence de certains commentaires reçus en ligne depuis la sortie du long métrage. L’acteur et producteur avait invité le public à faire preuve d’ouverture envers les autres et leurs différences.
À voir en lien, Christine Beaulieu envoie un message à Louis Morissette… Elle tenait à lui dire ceci… À voir dans l’article ci-dessous:
Photos: Page de Louis Morissette et page de Mathieu Bock-Côté

